Playlist #1 : Georges Flipo

Vous lisez son blog, vous êtes plongé avec délice dans Qui comme Ulysse, son dernier recueil de nouvelles, vous lirez bientôt Le film va faire un malheur (son nouveau roman à paraître au mois de décembre). Vous l’avez tous reconnu, il s’agit de… Georges Flipo, bien sûr ! Avec La playlist qui n’a rien à voir avec une playlist musicale – il s’agit ici de livres -, je vous propose de découvrir l’univers personnel de l’auteur. A travers des questions toutes simples, vous découvrirez les livres qui l’ont marqué et l’identité de ses écrivains préférés. Enfin bref, tout ce qui fait des livres de Georges Flipo les siens et ceux de personne d’autre. En espérant que cette Playlist soit la première d’une longue série !
Un double merci à l’auteur qui a gentiment accepté de se prêter au jeu et également d’essuyer les plâtres.



Dix livres cultes

1. L’Odyssée d’Homère
C’est le premier vrai livre pour adulte que j’ai lu, j’étais encore très jeune, dans le primaire. Je l’avais d’abord reçu en version pour enfants, par erreur à une distribution des prix, et bien entendu je ne l’ai pas rendu. Je suis resté fortement marqué par le personnage d’Ulysse, sa solitude, ses rapports avec les dieux, sa foi en son destin.


2. Histoires comme ça de Rudyard Kipling
Et également toutes ses nouvelles et ses contes.
Je n’oublierai jamais le soir où, enfant, j’ai lu Le chat qui s’en va tout seul. Je suis resté pétrifié, avec l’impression d’avoir lu « la littérature absolue », l’histoire parfaite.


3. Le Livre de sable de Jorge Luis Borges
Borges, c’est une découverte bien plus tardive. C’est le personnage, fabuleux, qui m’a ensuite fait aimer sa prose : j’ai eu la chance de l’écouter lors d’une conférence à la Sorbonne et c’était bouleversant.  Il semblait même aveugle aux questions, il ne répondait pas à l’intervieweur paniqué : il passait de Paul Valéry à Shakespeare, des sagas scandinaves à Virgile…. J’ai eu l’impression de traverser toute la littérature en une heure.


4. Les nouvelles de F.S. Fitzgerald
Gatsby m’ennuie mais les nouvelles de Fitzgeraldme touchent.Là encore, j’aime entremêler l’auteur et son oeuvre.


5. Les nouvelles de Marcel Aymé
Surtout les premières, moins ficelées, plus spontanées. Quelle limpidité d’écriture !


6. Le nom de la rose d’Umberto Eco
J’ai commencé à le lire un soir, je l’ai fini la matinée suivante, je n’avais pas dormi. L’idée d’un roman qui tourne autour d’une bibliothèque interdite est fabuleuse. Très borgésienne, d’ailleurs.


7. Cent ans de solitude de Garcia Marquez
J’étais encore naïf et raisonnable quand je l’ai lu : j’ai essayé pendant près de 200 pages de dresser l’arbre généalogique de la famille, puis j’ai jeté ça à la poubelle avec un grand éclat de rire. Je parle de l’arbre, pas du livre, bien sûr.


8. Les Fleurs du mal de Baudelaire
Tout me plaît dans les poèmes de Baudelaire : ses mots, ses images, ses thèmes, sa musique, sa folie. J’en connais plusieurs par cœur. Et j’emmène souvent ses Fleurs en voyage.


9. Toute l’œuvre de Molière
Et pourtant, je suis sensible aux arguments de ceux qui affirment que le vrai auteur de ses meilleures pièces, c’est Corneille.


10. 1789 de Victor Hugo
Son dernier roman, je crois. Il m’impressionne par son érudition historique, par son souffle épique. Mais aussi par la qualité de sa documentation. J’ai navigué dans les Minquiers (oui, je sais, au fou !) et je peux vous assurer que sa description est formidablement exacte.

Ecrivain préféré
J’aurais pu dire Kipling. Mais l’homme apparaît détestable. Je pourrais encore citer Baudelaire ou Verlaine, parmi les auteurs préférés que je déteste.  Si c’est pour le personnage, j’hésiterais entre Borges et Fitzgerald – l’ange qui guide Borges et le diable qui mène Fitzgerald à sa ruine. Mais peut-être est-ce Homère, tout bien réfléchi.

Le livre que vous lisez actuellement
Actuellement, je lis un livre très chic : Borges, souvenirs d’avenir, recueil de témoignages et d’études, établi par Pierre Brunel. Certaines études sont remarquablement fines, d’autres ne sont que bavardages de thésard. Il suffit que je voie « Borges » sur une couverture pour que je m’arrête.

Dernier coup de cœur 
Le cantique de l’Apocalypse JoyeusedePaasilinna. Mon meilleur repas de l’été. Paasilinna écrit un livre par an, mais Denoël, son éditeur en France, n’en traduit qu’un tous les deux ans.
Je l’ai lu avec un mélange d’allégresse et d’admiration devant l’art avec lequel Paasilinna nous fait entrer dans les histoires les plus invraisemblables. Il accumule les détails techniques, les précisions d’ingénieur, décrit pendant plusieurs pages la construction d’une église. Les plans, les matériaux, les procédés de construction…

Un livre que vous aimez offrir
Je n’offre de livre que lorsque je vais dîner chez des copains. Le livre que je préfère offrir, c’est en général… le dernier que j’ai écrit et publié. J’offre aussi des bouquins d’auteurs que je connais personnellement. Certains y verront un acte de vanité, ils ont peut-être raison. En fait, cela me permet de parler de l’auteur de façon plus personnelle, plus originale, tout en offrant son livre. J’ai l’impression que le cadeau devient plus porteur d’émotions. Parmi les livres que j’ai offert très vaniteusement Le Cœur cousu de Carole Martinez, La Princesse et le pêcheur de Minh Tran Huy, La Collecte des monstres d’Emmanuelle Urien, et Battement d’ailes de Milena Angus. Tiens, elle, je ne la connais pas… Il faudrait qu’on fasse connaissance.

Une première phrase de roman idéale
Je n’en connais qu’une, celle du Voleur de Georges Darien : « Je fais un sale métier, mais j’ai une excuse : je le fais salement ». Il y a aussi celle de Salammbô : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ».
Je suis surtout sensible au premier paragraphe. Quand j’écris, je peux y passer des journées entières. Comme pour le début de mon prochain roman. L’éditeur, Jean-Yves Reuzeau, a voulu changer un détail : j’avais écrit « un coton-tige sans ouate ». Il a corrigé « un Coton-Tige sans ouate », car c’est une marque déposée. J’en ai été bouleversé, j’avais l’impression que tout le livre s’écroulait. Finalement, je me suis rabattu sur « un bâtonnet sans ouate », mais je ne m’en suis pas encore remis.

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